Une Islandaise appelle au respect de son île



Parce que touriste moi-même, on m'a récemment reproché d'être "gonflante" à critiquer le comportement d'autres voyageurs en Islande, terre aussi unique que fragile.

Le mieux est donc de laisser la parole aux principaux intéressés.

Inga, une Islandaise installée en France depuis bientôt 20 ans, tient à son pays comme à la prunelle de ses yeux et espère que l'afflux de touristes n'étouffera pas son île.

Inga

 "L'Islande compte 330 000 habitants mais accueille chaque année 1,6 million de touristes. Cela pose des problèmes de traitement des déchets, de gestion des eaux usées. Et mes amis me disent souvent qu'une partie des visiteurs n'est pas respectueuse de la nature et des habitants. Certains touristes, sans gêne, débarquent dans des propriétés privées, se croyant tout permis. On parle beaucoup de l'Islande avec l'Euro et les médias consacrent beaucoup d'attention au pays. J'espère que cela ne drainera pas trop de monde. Car petit à petit, l'affluence massive des touristes est en train de nous étouffer." 

Le boom touristique en Islande peut être perçu comme une aubaine pour ce pays jusque-là souvent oublié des cartes du monde. C'est notamment grâce à cette manne financière inespérée que l'île s'est relevée aussi vite de la banqueroute de ses banques en 2008.

Mais attention à ne pas s'en mordre les doigts ! Espaces sauvages aménagés, Reykjavikois poussés à s'éloigner de la capitale faute de logements (transformés en hôtel), pollution....la chute pourrait être brutale.

Si la protection de l'environnement vous importe, une pétition est toujours en cours pour faire classer les Hautes Terres du pays en Parc National.



D'après un récent sondage, les Islandais ont jusqu'à présent une bonne image des touristes mais relaient de plus en plus les mauvais comportements de gens qui considèrent l'Islande "comme un trophée", d'après Inga.

Voici une liste de faits relevés ces derniers temps, dans la presse ou rapportés par Inga, qui exaspèrent nos chers Vikings.

En vrac:

-On ne se douche pas tout nu, au vu de tout le monde y compris des enfants, dans les douches gratuites (pour voitures) mises à disposition dans les stations de lavage.

-S'il y a des wc aménagés dans les sites touristiques, ça n'est pas pour aller uriner sur des plantes qui ne fleurissent que quelques semaines dans l'année.

-L'été y est bref. Inga m'explique que "c'est normal pour les petits Islandais de profiter du soleil de minuit en jouant tard dehors". Ils sont chez eux, ne leur demandez pas de se taire parce que vous avez une excursion tôt le lendemain matin. 

Nuit d'été islandaise


-Les Islandais "ne sont pas des bêtes de foire": on ne regarde pas l'intérieur des maisons, aussi mignonnes soient-elles, en collant son nez à la fenêtre.

-S'il y a une clôture, ne la franchissez pas, même si le terrain vous semble désert. Et "les jardins sont privatifs, on n'y pique-nique pas."  Ça n'est pas comme s'il n'y avait pas d'espace ailleurs dans ce pays ! 

-Les chemins sont balisés. En sortir (à pied ou en voiture) est interdit: certaines plantes piétinées ne s'en remettent jamais.

-S'il n'y a pas de monuments à proprement parler en dehors des villes, certains lieux sont emblématiques. La carcasse du DC3 à Sólheimasandur n'est pas un terrain de jeux par exemple: on ne la dégrade pas en montant dessus (même si Justin Dumber l'a fait) et on la tague encore moins. Il y a peut-être d'autres gens qui ont aussi envie de la voir en l'état.

Sólheimasandur


Je n'ai aucune vocation à me poser en mère-la-morale ou en touriste parfaite. J'ai moi-même fait des boulettes en m'amusant à construire des cairns à Þingvallavatn ou en marchant sur les mousses de l'Eldhraun. Je n'ai appris qu'après l'impact négatif que ces gestes, en apparence anodins, ont sur la fragile végétation islandaise.

Et je vous avoue même que depuis le temps que je hurle sur tous les toits que l'Islande est un pays merveilleux, que ses habitants sont des gens terriblement attachants, et qu'on s'en fout du froid tellement l'Islande vaut mieux que tous ces clichés qu'on entend, je suis ravie de l'intérêt qu'elle suscite enfin.

Mais, égoïstement, je suis aussi un peu inquiète qu'elle ne soit bientôt plus celle dont je suis tombée amoureuse il y a quelques années déjà.

Comme Inga, ses compatriotes et les autres fous de Thulé, j'en appelle juste au respect de l'île fantastique. Avec un peu de bon sens, ça devrait le faire. Peace. 


PS: et ramasse tes détritus ou je vais t'arracher les yeux, tête de cul !