L'Islande face à son destin


Allez, pour une fois je vais être un peu moins légère que d'habitude et aborder un sujet qui m'inquiète fortement.

Il est temps de mettre la lumière sur les récents choix économiques de l'Islande qui divisent le pays et laisseront des traces, au sens propre comme au figuré.

La crise financière a durement touché l'Islande. La presse étrangère idéalise souvent la Révolution des Casseroles, où le peuple aurait viré les politiciens en place, mis les banquiers en prison puis retrouvé une économie florissante du jour au lendemain. S'il y a un fond de vérité à tout ça, le raccourci est terrible. Je vous épargne les détails mais beaucoup d'Islandais ont au final tout perdu ou presque.

C'est précisément à ce moment qu'est sortie de terre la centrale hydroélectrique de Kárahnjúkar qui alimente une fonderie d'aluminium, à l'est du pays. Ce projet, entamé en 2003 et décrié à l'époque par quelques écologistes seulement, est soudainement devenu un espoir de redressement économique pour toute une région dévastée par le chômage.

Replantons le décor : l'Islande, c'est 320 000 habitants, dont les 2/3 vivent dans la capitale Reyjavík et sa banlieue où se trouvent majoritairement les emplois. Pour le tiers restant qui vit dans des coins plus isolés, il n'y a plus vraiment de boulot, les pêcheries familiales disparaissant peu à peu.

Avec la faillite du mode de vie ancestral tourné vers la mer, l'industrialisation du pays - et la production d'aluminium notamment - est vite devenu un incontournable pour sauver (ou pas) le pays de la déroute financière en exportant cette production à l'international.

Une sorte de guerre froide est alors née entre les "pro" et les "anti".

Parce que cette centrale n'était pas un projet à petite échelle comme l'avaient cru les rares Islandais qui s'étaient alors intéressés au sujet : le complexe hydroélectrique qui alimente l'usine d'aluminium de Reyðarfjörður est en réalité constitué de plusieurs barrages situés dans l'une des dernières zones sauvages d'Europe, territoire des quelques rennes présents en Islande. Cette région montagneuse a été inondée, des chutes d'eau et un canyon asséchés et les nids d'oies à bec court déplacés. La plupart des gens n'avait jusque là pas réalisé l'ampleur des dégâts.

Mais comment blâmer ses défenseurs, à qui l'ont avaient promis une source de revenus pérenne ?  Car cette nouvelle fonderie a néanmoins permis le retour d'Islandais natifs des fjords de l'Est partis à Reykjavík pour travailler, quittant ainsi famille et amis. A juste titre, les habitants de l'Est ne comprenaient pas que ceux de la capitale se préoccupent soudain de la faune et de la flore, tout en vivant au milieu du béton de l'autre côté du pays !

Cependant, cela n'a pas été non plus la manne d'emplois espérée par les insulaires, la construction des barrages ayant majoritairement été effectuée par des immigrés polonais (sans racisme aucun, mon papy était Polonais). Au final, le groupe américain Alcoa n'aura embauché que 400 Islandais dans son usine.

Afin de calmer les gens de plus en plus inquiets de la destruction de leur pays, le gouvernement a alors fait classer Parc National la zone du Vatnajökull toute proche, où se situe le plus grand glacier d'Europe.


Skaftafellsjökull


Les écologistes commençant à faire entendre leurs voix et la progression constante de touristes en quête de paysages préservés ont fait reculer un temps les industriels avides d'énergies rentables.

Mais il faut croire que préserver Dame Nature n'est pas dans l'ADN des êtres humains car d'autres menaces planent à nouveau sur mon île fantastique : la majestueuse vallée du nord Öxnadalur risque d'être prochainement défigurée par des pylônes électriques. Une pétition pour demander un enfouissement des lignes est disponible sur le site oxnadalur.is


Öxnadalur


Tout comme les Highlands du centre de l'Islande d'ailleurs ! Eh oui, eux aussi sont désormais convoités pour leur géothermie et leurs puissantes chutes d'eau (qui alimentent à moindre coût les usines d'aluminium énergivores).

Petit à petit, ce pays vend ses terres sans se soucier des conséquences irréversibles qu'auront ces usines sur l'écosystème très fragile de l'île.

Beaucoup de voix commencent à s'élever contre ce projet pharaonique. Une grande campagne, initiée par Björk et relayée par d'autres artistes islandais et internationaux comme Patti Smith, a déjà récolté 225 000 euros.

Si vous voulez voir l'Islande telle que je vous en parle, ne tardez pas trop. Mieux, laissez votre nom sur la page de soutien Heart of Iceland. Plus nous serons nombreux à protester, plus ils reculeront.

L'Islande n'a pas besoin d'usines dont les retombées économiques sont dérisoires pour les salariés : le secteur du tourisme ne connaît pas la crise là-bas, bien au contraire ! Pourquoi ne pas développer un tourisme haut de gamme et écologique ? Pourquoi ne pas capitaliser sur le riche héritage des Vikings et des Sagas, dont certains manuscrits médiévaux sont encore existants ?

En cédant aux sirènes de l'hyper industrialisation, les étrangers mordus de nature à l'état sauvage se détourneront de cette destination, pourtant à quelques heures de vol seulement de l'Europe et du continent nord-américain. Un gâchis monumental !

Et si vous avez lâché la lecture en cours de route, un petit résumé visuel ci-dessous :


Bande-annonce de "Dreamland" (vost EN)