Rires et décadence




- Bonjour, j'aimerais faire une réservation pour une incinération.
- Une réservation ? Oui, euh...c'est...c'est à quel nom ?
- Herbjörg María Björnsson.
J'entendis un froissement de papiers.
- Hmm, je ne trouve pas ce nom dans notre dossier. Avez-vous envoyé une demande d'autorisation de crémation ?
- Ah, euh, non, non. Je voudrais faire une réservation pour moi. Pour moi-même.
- Pour vous-même ?
- Oui.
- Euh...eh bien...il nous faudrait l'autorisation en premier lieu, voyez-vous.
- Où puis-je faire cette demande ?
- Vous pouvez remplir le formulaire sur Internet et nous l'envoyer, mais nous ne les validons jamais avant que...vous voyez.
- Avant que ?
- Oui, euh...nous ne les validons jamais avant que...vous voyez...avant que les gens ne soient euh...décédés, vous voyez.
- Oui, oui, je serai morte lorsque vous les recevrez, ne vous inquiétez pas.
- Ah...d'accord.
- Si ça pose problème, alors, je viens toute seule et vous pouvez me jeter dans le four vivante.
- Vivante ? Euh, non, non...ça ce n'est pas autorisé.
- Bon, je vais essayer d'arriver morte ; quelles sont vos disponibilités ?
- Euh, eh bien...quand voulez-vous...
- Quand est-ce que je veux mourir ? J'avais songé à avant Noël, lors de l'Avent, disons vers la mi-décembre.
- Oui, euh...nous avons euh...de la place, je crois.
- Bien. Vous êtes disponibles ?
- Euh...oui, oui. A quelle date, alors ?
- On n'a qu'à dire le 14 décembre. C'est quel jour de la semaine ?
- Euh...euh...c'est un lundi.
- Parfait ! Une bonne petite crémation pour bien commencer la semaine. A quelle heure ?
- Euh...A vrai dire, la première tranche est disponible, à 9 heures. Vous préférez peut-être l'après-midi ?
- Oui, oui, c'est sans doute plus sûr de faire ça dans l'après-midi. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre.
- Vous voulez dire...de venir ici ?
- Non. Il se peut que je doive me trancher les veines, et ça, je ne le ferais pas un dimanche soir. Je veux dire que ça peut mettre du temps de me vider de mon sang.
- Euh..je vous inscris alors...mais euh...
- Oui ?
- Vous êtes sûre...je veux dire...êtes-vous sûre de vouloir...?
- Oui, oui, je veux juste que le four soit bien préchauffé, je ne veux pas cuire à feu doux. Il est à mille degrés, c'est bien ça ?

Le méconnu humour islandais n'a rien, mais alors rien à envier au célèbre humour anglais. C'est un mélange d'absurdité, de cynisme et d'autodérision. Du rock'n'roll à l'état pur ! Cet extrait du livre " La femme à 1000° " de Hallgrímur Helgason représente parfaitement cet esprit provocateur et il me semble inutile d'en rajouter pour vous convertir à cette fantaisie corrosive !

Et si vous êtes plus cinoche que bouquin, je vous conseille le délirant film "101 Reykjavík", tiré du livre éponyme de ce même auteur et adapté à l'écran par Baltasar Kormákur. 



Une bouffée d'air



Vous vous souvenez comment on faisait pour trouver de la bonne musique il y a 15 ans ? On avait les yeux rivés vers la scène britannique et américaine, en se lamentant de ne pas avoir de tels talents en France.

Aujourd'hui, ce sont les oreilles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis - et toujours celles de certains Français - qui traînent en Islande !

Réduire la musique islandaise à la techno de Björk ou au post rock éthéré de Sigur Rós, c'est être complètement à la ramasse ! Ces créateurs, aussi géniaux soient-ils, sont juste les bouleaux arctiques qui cachent la forêt de la bouillonnante scène reykjavikoise !

Sigur Rós


Comparé au nombre d'habitants, l'Islande est l'un des pays où le nombre de groupes qui percent à l'international est le plus élevé. Et la popularité croissante du festival Iceland Airwaves, qui se tient chaque automne à Reykjavík, ne viendra pas me contredire.

Pour les malheureux (dont je fais partie) qui n'ont pas encore eu la chance d'y assister, une version miniature de ce festival se tient à Paris tous les hivers au Point Ephémère : le festival Air d'Islande.

En 2012, j'ai pu y écouter le folk du Snorri Helgason Trio, composé du chanteur neil-youngesque Snorri Helgason, de la douce Silla du groupe Múm, ainsi que du beau Gummi, le bassiste du groupe Hjaltalín.

Snorri Helgason


Juste après sont arrivés les 4 gars de For a Minor Reflection. Alors là, il faut être fan de postrock qui déchire tout, y compris les tympans !

C'est un jeune groupe dont je ne me lasse pas. Plutôt discrets lorsqu'on les croise avant leur show, ils se révèlent complètement une fois sur scène ! Il n'y a pas de chanteur mais leurs mélodies se suffisent à elles-mêmes : un morceau aussi puissant que " Ókyrrð " n'a vraiment pas besoin de paroles !

Pour la petite histoire, Kjartan, le rouquin à la gueule d'ange, c'est le petit frère de Georg Hólm, le bassiste de Sigur Rós. Le grand frère a d'ailleurs fait confiance au petit car il les a accompagnés sur scène lors du Valtari Tour et du Kveikur Tour, les 2 dernières tournées mondiales de Sigur Rós.


For a Minor Reflection


Cette année, je me réjouis par avance de voir le groupe de trip hop Samaris, dont l'album éponyme a été la bande-son de mes vacances en Islande et le carton de l'été là-haut ! Bonne (re)découverte à tous !



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MàJ 2015: Le festival Air d'Islande 2015 avec le groupe Mammút et la chanteuse Sóley ---> "La fête de la bonne musique"